mardi 14 novembre 2006

Les cyanobactéries au lac Sergent

Les cyanobactéries au lac Sergent

Le 17 octobre dernier, le journaliste du Devoir, Louis-Gilles Francoeur, a nommé le lac Sergent dans sa liste de lacs qui ont eu une présence de cyanobactéries en 2006. Cette information venait du MDDEP qui collige les événements de la saison.

Comment se fait-il que la population du lac Sergent n’a pas été mise au courant ?

Rappel des faits

On nomme souvent les cyanobactéries des algues bleues. Sont-elles des algues ?

Oui et non ! Non, car les cyanobactéries sont classées dans le même groupe que les bactéries, lesquelles sont reconnues comme étant plus primitives que les algues. Oui dans le sens que les cyanobactéries possèdent d’importantes caractéristiques communes avec les algues, comme des pigments dans leur cellule, ce qui leur permet de faire de la photosynthèse. Pour cette raison, les cyanobactéries sont appelées également « algues bleu vert ». L’appellation « bleu-vert » est attribuable à leurs pigments bleus (phycocyanine) et verts (chlorophylle) qui dominent chez la plupart des espèces.

Dans des conditions favorables, par exemple en présence d’une grande quantité de phosphore, les cyanobactéries peuvent se reproduire rapidement et en abondance. Elles forment alors une fleur d’eau aussi appelée dans certains pays francophones « floraison » ou « efflorescence ». Le mot anglais pour désigner une fleur d’eau est bloom. Une fleur d’eau correspond à une densité si importante de cyanobactéries que le phénomène est généralement visible à l’œil nu. Cette densité peut alors atteindre des dizaines de milliers à plusieurs millions de cellules par millilitre dans un milieu aquatique. Lorsqu’une fleur d’eau de cyanobactéries s’entasse à la surface de l’eau, souvent près du rivage, elle est appelée « écume ».

Tiré de «Guide d’identification des fleurs de cyanobactéries» MDDEP, 2006.

Les cyanobactéries migrent dans la colonne d’eau profitant des meilleures opportunités de température, de disponibilité du phosphore et de lumière. Elles voyagent. En surpopulation, elles peuvent devenir toxiques à l’être humain, monter en surface et elles deviennent la fleur d’eau.

Au lac Sergent, en juillet 2006

À la mi-juillet 2006, les biologistes du MDDEP sont venus faire un test d’un protocole de suivi volontaire de lac auquel l’administration municipale et/ou l’APPELS participent depuis plusieurs années. Ils ont notés des algues bleues en grande quantité dans la colonne d’eau entre la fosse et l’île. L’APPELS a accueilli deux spécialistes qui sont venus quelques jours après cette première observation. Les cyanobactéries n’ont pas été vues cette journée là. Par mesure de précaution, des échantillons ont été prélevés et envoyés au laboratoire. Les tests ont été positifs, mais la concentration n’était pas suffisante pour poser des problèmes de santé. Alors le lac a été ajouté à la liste des lacs contaminés, afin d’assurer un suivi approprié. Aucun autre avis n’a été donné à l’APPELS.

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(MDDEP, lac Sergent 20 juillet 2006,
Photo Paul Isabelle
)

Dans les jours qui ont suivi, l’APPELS a noté la présence de cyanobactéries sans pouvoir faire de prélèvement et formellement les identifier. Il faut savoir que les cyanobactéries peuvent se concentrer et se disperser selon le vent, rendant leur observation et capture parfois difficile.

L’Association pour la protection de l'environnement du lac Sergent était au courant et en a informé le maire de Ville de Lac-Sergent dès les premières observations. Jamais la population n’a été en danger. Si la situation avait dégénéré, les démarches nécessaires d’interdiction de baignade auraient été mises en place.

Pourquoi le lac Sergent n’a pas eu la fleur d’eau appréhendée ?

Quelques hypothèses

Au dégel, l’APPELS a constaté une quantité anormalement haute de phosphore : 15 µg/l en comparaison à 7,9 µg/l en 2005, soit presque le double. Par la suite, les eaux se sont réchauffées très rapidement. En juillet, l’eau était de 4°C plus chaude que l’année précédente en surface et au fond. Le taux d’oxygène au fond baissait très rapidement. Il faut rappeler que l’anoxie au fonds du lac provoque un relargage de phosphore stocké dans les sédiments où il n’est pas disponible à la biomasse. Tout était en place pour provoquer une prolifération de cyanobactéries.

Après la semaine du 20 juillet, la région a connu une période de vent et une baisse de la température. Le lac Sergent étant peu profond a subi un brassage jusqu’en profondeur ayant comme impact d’oxygéner le fond. D’ailleurs, les relevés du monitorage n’indiquent pas d’anoxie en profondeur telle qu’observée au cours des dernières années. Ce brassage a provoqué une réduction de la transparence de l’eau pendant quelques jours. Un certain refroidissement a été noté.

Ces phénomènes conjugués ensembles ont réduit le relargage de phosphore en provenance du fonds privant les cyanobactéries d’une source additionnelle d’éléments nutritifs. La baisse de transparence momentanée aurait pu aussi jouer un rôle. Le lac Sergent bénéficie également d’une flore aquatique importante qui entre en compétition pour le phosphore. Dans ce sens, le Myriophylle à épis a sans doute joué un rôle déterminant. La profondeur, la transparence et l’anoxie de certains lacs de la région, à l’exemple du Lac St-Joseph, a sans doute joué en leur défaveur.

Le lac Sergent est-il à l’abri des cyanobactéries dans l’avenir ?

Aucunement ! Selon les hypothèses formulées précédemment, c’est probablement la conjoncture des événements climatiques qui a résulté de la situation vécue. Deux ou trois jours additionnels de temps chaud auraient eu l’impact contraire. Et le bloom d’algues bleues aurait pu apparaître dès la fin juillet : avant le Clover Leaf, avant la fin des vacances de la construction et avant la fin de la saison à la Base Plein air 4 Saisons.

Il faut continuer les efforts de limitations d’apports en phosphore dans le lac. Les savons sans phosphate, la déphosphoration des eaux usées, la revégétalisation d’une bande riveraine, l’abolition des engrais sont plusieurs moyens à documenter et à mettre en place. Il faudrait sérieusement envisager un contrôle des embarcations motorisées car la remise en suspension des sédiments augmente la quantité de phosphore de façon significative dans la colonne d’eau. En plus, les particules en suspension captent la lumière et réchauffent les eaux davantage.

L’APPELS a documenté cette hausse de la concentration de phosphore en 2004 dans la baie ouest. Le taux a doublé dans la semaine suivant la première sortie des bateaux. Un facteur peut baisser le taux de phosphore instantanément au lac Sergent, c’est d’éviter de soulever les sédiments avec les jets puissants des bateaux.

Y a-t-il de l’espoir ?

On ne pourra pas stopper le vieillissement du lac. Mais on pourra réduire l’apport d’éléments nutritifs avec des efforts importants conservant ainsi les divers usages du lac … et de surcroît, la valeur des propriétés.

L’Association pour la protection de l'environnement du lac Sergent
Par Rédaction : Claude Phaneuf, M.Sc., M.A.P. Président
Hypothèses et données : Paul Isabelle, Responsable du monitorage 2004-2006

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